"Anderlecht est une maison de commerce" : de Mos, Anthuenis et Broos ont été dans la même situation que Vitor Bruno : "Ils l'ont poussé vers la sortie"
Aad de Mos, Aimé Anthuenis et Hugo Broos, trois ex-entraîneurs d'Anderlecht, constatent un manque de vision au Sporting.
Vítor Bruno a connu des moments pénibles à Porto, mais la semaine écoulée à Anderlecht a sans doute été l'une des plus éprouvantes de sa carrière.
Aad de Mos (en 1992), Aimé Anthuenis (en 2002) et Hugo Broos (en 2005) ont vécu la même chose : de Mos et Anthuenis avaient pu terminer leur saison avant d'être remerciés, tandis que Broos avait été remplacé en plein milieu du championnat par Frankie Vercauteren.
Messieurs, que pensez-vous de cet Anderlecht ?
Anthuenis : "Il y a plus de qualité que l'année dernière. Mais… 33 joueurs, pour un entraîneur, ce n'est pas gérable. À l'époque, nous avions une équipe qui marquait plus de cent buts par saison et je n'utilisais que 17 joueurs. Je suis partisan d'une équipe type."
Broos : "Trop tourner n'est jamais bon. Il faut s'en tenir à une base de sept ou huit joueurs."
Anthuenis : "Chez moi, Anastasiou est resté sur le banc toute l'année, même s'il marquait à l'entraînement. Quand la machine tournait, je n'y touchais pas. Mais je peux comprendre Bruno. Les résultats n'étaient pas encore bons, alors on continue à chercher."
Broos : "À un moment donné, la pression est tellement forte que l'entraîneur est obligé de faire des choix. Il se dit : 'Je risque d'être viré dans les prochaines semaines'."
Est-ce la situation dans laquelle se trouve Bruno ?
Broos : "Si Bruno avait encore fait tourner contre Salzbourg et qu'ils avaient perdu, il était dehors. Le message du CEO était clair."
De Mos : "Que ce genre de choses soit dit dans la presse, je trouve que c'est une erreur de la part de quelqu'un qui ne vient pas du monde du football. En tant qu'entraîneur, on perd immédiatement son vestiaire. En faisant cela, on affaiblit la position de l'homme le plus important."
Anthuenis : "Le CEO dit ça dans le feu de l'action, hein. Et quand on voit les deux derniers matchs, on ne peut pas dire que ça n'a pas aidé."
Anderlecht ne pousse-t-il pas son entraîneur vers la sortie ?
De Mos : "Bien sûr que si. Vitor Bruno fait partie de ces entraîneurs venus d'un certain pays (NdlR : le Portugal) où ils ont apparemment beaucoup de bons agents mais pas de grands entraîneurs. Anderlecht est devenu une maison de commerce. Tant qu'il n'y aura pas de bonnes personnes avec une vision à la tête du club, cela restera ainsi."
Quand les résultats ne sont plus là, on vous donne la faute de tout ce qui va mal.
Hugo Broos
Un manque de vision, est-ce là le cœur du problème ?
De Mos : "Anderlecht ne connaît pas assez le foot international et continue donc de commettre les mêmes erreurs. La façon dont cet homme venu de France (NdlR : Sibierski) arrive… je pouvais déjà vous dire à l'avance ce qu'il allait dire. "Mouiller le maillot", "se battre pour le blason"… c'est bon pour les supporters, ou pour les non-connaisseurs. Qu'ils regardent un peu du côté du Club Bruges. Eux, ils ont du contenu. J'étais au match PSV - Club Bruges et j'ai été bluffé par leur niveau."
Broos : "Anderlecht aurait dû dire il y a des années : 'Nous allons construire une équipe, mais donnez-nous quelques années'. Au lieu de cela, ils parlent du titre, alors que tout connaisseur de football sait qu'ils n'ont pas la qualité du Club Bruges ou de l'Union. Autrefois, Anderlecht était un modèle pour tout le monde, aujourd'hui on en rit."
De Mos : "À Anderlecht, il y a trop de gens qui sont contents quand leur photo est dans le journal ou qu'ils peuvent s'exprimer sur Sporza. Ils n'ont toujours pas compris qu'il faut laisser prendre les décisions par des professionnels du métier."
N'est-il pas alors extrêmement difficile de gérer la pression en tant qu'entraîneur d'Anderlecht ?
Broos : "Quand les résultats ne sont plus là, on vous donne la faute de tout ce qui va mal. À un moment donné, à Anderlecht, on m'a même reproché le fait que Kompany ne voulait pas donner d'interview."
Anthuenis : "Quand on gagne, c'est le plus beau métier du monde. Mais ce métier vous pèse jour et nuit. Quand ça ne va pas, on ne dort pas."
Même le corps de Kompany a dit stop.
Broos : "Kompany est un perfectionniste. Il veut décider de tout. Si on commence à assister à des réunions qui n'ont rien à voir avec le football, cela devient trop."
De Mos : "Ce sont des profils qui sont au club de sept heures du matin à sept heures du soir. Des bourreaux de travail. On me dit parfois : 'Tu as encore bonne mine, Aad'. Eh bien, j'ai la chance que dès que je mettais ma jambe droite dans le lit, ma gauche s'endormait déjà."
Anderlecht va-t-il surprendre dimanche ?
Anthuenis : "Anderlecht a un avantage : beaucoup de gens pensent que le Club Bruges va gagner ce match. Dans ce cas-là, on peut se montrer dangereux."
De Mos : "Sur base de ce que j'ai vu mercredi, je dis : 'Anderlecht ne va pas ramener grand-chose'. Le Club Bruges a aussi l'avantage d'avoir un jour de repos supplémentaire."
Article: la dh les sports


